Avec Susanna Mälkki, dont on a souvent loué l’intelligibilité et l’intelligence des options dans Messiaen, l’entente semble idéale. Disons-le sans ambages : les adeptes d’une Turangalîla explosive, tellurique, galactique, à l’énergie cosmogonique, en sont pour leurs frais !

Res Musica

Arnaud Buissonin

Avec Susanna Mälkki, dont on a souvent loué l’intelligibilité et l’intelligence des options dans Messiaen, l’entente semble idéale. Disons-le sans ambages : les adeptes d’une Turangalîla explosive, tellurique, galactique, à l’énergie cosmogonique, en sont pour leurs frais ! À la manière de Myun-Whun Chung dans son célèbre enregistrement (DG), qui avait reçu l’aval du compositeur, la musicienne finlandaise propose une interprétation plutôt retenue et sobre. D’une remarquable lisibilité, mais sans sécheresse analytique, ni tiédeur. Ce souci de dosage des effets, de transparence dans la restitution de l’architectonique si particulière de l’œuvre, avec ses agrégats thématiques complexes, sa profusion de motifs, cette grande geste unificatrice donnent un éclairage particulier à une écriture d’orchestre dont la somptuosité est parfois contre-productive lorsque chef et orchestre se laissent griser et emporter par la surenchère de décibels. Ici on entend tout, dès l’exposition du thème statue par les cuivres, puissants sans être tonitruants ni massifs, dans L’introduction. Avec sa petite harmonie délicate (superbe clarinettes, envoûtantes et mystérieuses dans le thème fleur), ses cordes soyeuses, à la légèreté de tulle, ses percussions subtiles, l’orchestre apparaît à son meilleur, fort de ses couleurs ravéliennes. Le tissu orchestral étant épuré, allégé, on s’enthousiasme d’entendre aussi distinctement, le célesta, le vibraphone, les triangles, wood-block et autres instruments qui sont parfois sacrifiés à la profusion sonore.