Bartók: Bluebeard’s Castle

CD

Composed in 1911, Bluebeard’s Castle is Béla Bartók’s only opera – a radical masterpiece which has secured a place alongside the other innovative music dramas of the same period, from Debussy’s Pelléas et Mélisande to Berg’s Wozzeck. Planning to write a one-act opera, Bartók settled on a libretto by Béla Balázs with the kind of surreal and/or macabre themes that would soon feature in his two ballets, The Wooden Prince and The Miraculous Mandarin. The main source for the libretto text was a play by Maeterlinck, a retelling of Perrault’s gruesome tale of Barbe-Bleue, the sinister yet strangely seductive wife-killer.

Balázs turned the drama into what he called a ‘mystery play’, however, and his stylisation of the story throws the weight of the drama onto stage-setting and music. The single act centres on the successive opening of the castle’s seven doors, and Bartók’s music brings across the horrors of the blood-drenched torture chamber, the steely power of the armoury and the glitter of jewels in the treasury as well as the interplay of increasingly feverish questionings from Judit and defiant responses from Bluebeard. Susanna Mälkki and the Helsinki Philharmonic Orchestra have already proved their Bartók credentials with a disc of his ballet scores which was chosen as Record of the Week in BBC Radio 3 Record Review and earned top marks in Diapason and on the website Klassik-Heute. Joined by Mika Kares as Duke Bluebeard and his Judit, the Hungarian mezzo-soprano Szilvia Vörös, the team here performs Bartók’s darkly glittering, shimmering and threatening score in a live recording from 2020.

Reviews

“Cette parution s’inscrit parmi les plus belles lectures récentes de l’ouvrage, notamment par l’attention souveraine que met Susanna Mälkki à équilibrer l’urgence du drame avec la richesse et la somptuosité de l’écriture. Cet événement discographique fait écho à la prochaine série de concerts qu’elle donnera à la Philharmonie de Berlin avec ce même Château de Barbe-Bleue, précédé de la création allemande de Vista, une pièce pour orchestre de Kaija Saariaho.

Rien d’étonnant au fait de retrouver dans la direction de Susanna Mälkki cette concision temporelle et cette efficacité narrative qui puisent dans une écriture littéraire et musicale réellement cinématographique.

La direction de Susanna Mälkki aborde les contrastes expressifs et les nombreux éléments purement descriptifs en croisant des références explicitement debussystes ou wagnériennes. Comme par exemple dans la nuit du huis-clos et du secret, au moment où roule un ostinato de cordes graves qui rappelle irrésistiblement les souterrains d’Allemonde ou les murmures de la forêt (Judit : “En vain fait-il soleil dehors ?” Barbe-Bleue : “En vain.”). De fait, les scènes qui précèdent l’ouverture de la première porte fonctionnent comme une amplification de la rencontre Golaud-Mélisande, avec une largeur de notes qui imprime un rythme étonnamment contrasté et puissant. Plus proche en ce sens de l’équilibre d’un István Kertész (LSO DECCA 1968) ou d’un Pierre Boulez (de préférence, la version BBC Symphony SONY 1976) que de la volonté d’un Adam Fischer (Opéra de Hongrie SONY 1987) ou Ferenc Fricsay (RSO Berlin DG 1958) d'”opératiser” le discours, la direction de Susanna Mälkki donne au drame et aux voix un galbe et une cohérence parfaits. Les volumes et couleurs se répondent avec une impression de naturel et de sérénité où la pulsation de l’orchestre dégage un somptueux tapis sonore – souligné par une prise de son bénéficiant du confort d’une prise SACD haute définition, avec des plans sonores parfaitement lisibles, sans arêtes agressives ni halo cotonneux, tant en mode stereo qu’en version 5.0 surround.

Il faut entendre ici comment les destinées des deux protagonistes évoluent en alternance de crainte et d’attirance, comme des lignes qui tantôt s’éloignent et se rejoignent. On tourne le dos à l’emprise doucereuse du conte folklorique qui tendrait à éloigner dans la pure narration ce qu’il convient ici de placer sous un angle de pure analyse et expérience psychologiques. L’orchestre est chez Susanna Mälkki cet élément protéiforme qui épouse la personnalité des voix, parfois par le simple jeu d’un changement dans la pulsation (l’ostinato de la clarinette dans la première scène qui se répète en miroir avec l’image des pleurs), ou la caractérisation d’éléments purement visuels et sensoriels : les zébrures de trilles, mélange de lumière et de métal, ou bien le parfum suret de ces bijoux dont l’éclat sonore est terni par le sang. D’une façon plus générale, c’est une architecture de l’écoute qui se dessine ici, ponctuée par cette cellule de seconde mineure qui sert de pivot et rappel thématique entre les scènes. La conduite des lignes mélodiques s’attache à dessiner une forêt mouvante autour de personnages qui prennent volontiers le sens anglophone de “caractères”.”

Wanderer